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 Nuit noire

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Veng'
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MessageSujet: Nuit noire   Mar 25 Mai - 1:53

[Je tiens à signaler que ce récit est un énorme spoiler sur les origines et le BackGround de Veng', (Edit : Et de Limi' aussi maintenant) si vous aimez les surprises, gardez-vous de le lire.]

----------------------


Nuit noire sur les quais de Sufokia.
Je venais de quitter la compagnie de mon amie et cheftaine, un léger poids sur le cœur, une impression d'inachevé.
Contournant la banque, je m'avançais en direction de la Péninsule des Gelées, non pas dans l'intention de les dépouiller comme à mon habitude, mais afin d'atteindre ma destination plus rapidement.
Accélérant le pas, je chassais de mon esprit ces pensées intempestives qui me troublaient plus qu'elles ne m'aidaient. Ce n'était pas le moment de douter sur cela.
Bien qu'en connaitre les raisons m'aurait plu.
Esquivant les quelques friandises folles qui se jetaient sur ma route, j'atteignais enfin le transporteur brigantin et interpellais la demoiselle en haut de l'échelle.

- Hey, bonbon à la rose, tu me laisses monter sur ton engin ?


Elle s'approcha du bord et me toisa du haut de sa plateforme. Une belle hypocrite, comme tous les brigantins à vrai dire, mais qu'en avais-je à faire ? J'avais besoin de sa machine volante.
De sa voix pincée elle me rétorqua :


- Et en quel honneur ? Je te signale que nous n'obéissons qu'aux grandes cités et que tu ne fais partie d'aucune d'entre elles.


Quelle idiote, elle ignorait donc à qui elle avait à faire. J'ôtais ma Solomonk et lui présentais clairement mon visage. Le léger mouvement de recul qu'elle eut me fit comprendre qu'elle m'avait reconnue.
Je lui répondais donc :


- Et maintenant ? Je peux monter ?

Elle s'écarta rapidement du bord et me tendit une échelle de toile.

- Oui, oui, bien sûr, mademoiselle, je suis désolée, je ne vous avait pas reconnue ! Mes plus plates excuses !

- Ce n'est rien.

Repositionnant ma coiffe, j'escaladais ensuite le fin cordage et me dressais sur la plateforme. La petite s'était déjà réfugiée dans son poste de pilotage, posant sur moi des yeux emplis de frayeur.

- Amènes-moi à la Tour de Gisgoul, j'ai à faire.

- Tout de suite !


La machinerie se mit en route avec un léger bruit. Bien plus discret que celui du Bouing. La pilote restait cloitrée dans sa cabine, la porte était d'ailleurs fermée à triple tour. Moi, ça me faisait bien rire.
Je m'installais tranquillement sur la proue, laissant le vent se glisser entre les fils d'or que formaient mes cheveux. Grave erreur que de me positionner à cet endroit, mes pensées redevinrent confuses.
Que faire quand on se rend compte qu'on oublie peu à peu sa femme et qu'on se dit qu'en fait, ce n'est pas bien grave, il y en a d'autres ?
Que faire, quand pense plus aux autres qu'à soit ? Et surtout, à d'autres.
Le vent souleva mon chapeau que je rattrapais de la main droite, le tenant fermement contre moi. Un petit Koin-koin jaune sauta sur mes genoux, le plus fidèle de mes compagnons, et aussi le plus bête. Mais de loin le plus attachant.
Je posais ma main sur son dos, lui octroyant quelques caresse en attendant la fin du voyage. Long voyage. Trop long.
Je tournais rapidement la tête en direction de la demoiselle qui comprit immédiatement. La machine volante eut un soubresaut et je sentis le vent frapper mon visage avec plus de violence.


Je me laissais aller à jeter un œil aux personnes en bas, quels ignorants.
On se perd, on s'égare, on se fourvoie, mais rien ne les empêche de s'amuser. J'en viendrais presque à les jalouser. Je dis bien "presque", je tiens trop à mon humanité pour réellement le penser.
Certains faisaient des signes en apercevant la machine. Moi, chaque fois qu'on survolais une personne je lui lançais une fée de la Saint Ballotin, histoire de leur donner au cœur, le baume qui manque au mien. Je finirais bien par être heureuse. Comme eux. Plus qu'eux.
Un jour.


Nous arrivâmes finalement à la Tour. Sans jeter un seul regard à la Girl Pylote, je sautais au bas de son véhicule et m'engageais d'un pas décidé dans l'imposant édifice.
La fraicheur qui y régnait heurta mon visage, plus fortement encore que le vent du voyage. Il était là, et il m'attendais. J'avançais jusqu'à la salle annexe, réprimant les tremblements qui tentaient de s'emparer de mes gestes. Je n'ai pas peur de lui. Je n'ai plus peur.
Je dépassais la statue de sacrifié.


- Tu es en retard, ma belle, le temps que je te laisse ne te suffit donc pas ?

- Je suis désolée, maître, j'ai été prise un instant, je promet d'être à l'heure dorénavant.


L'immense personnage qui se dessinait devant moi se recroquevilla sur lui-même, éructant un râle singulier, des ailes sortirent de son corps dans une giclée de sang à l'endroit de ses omoplates, des griffes lui poussèrent et sa stature se fit encore plus imposante.
Quelques gouttes rougeâtres éclatèrent sur mon visage. Je n'arrivais plus à réprimer mes tremblements, cette chose m'effrayait, elle m'effrayait pour de vrai, plus que Fabre que j'avais combattu, plus que la mort. Et elle le savait.


- J'espère bien que tu seras toujours à l'heure, je t'octroie le droit de vivre, tu me dois tout pour ça, sans moi, si je ne t'avais pas confiée à l'Ecaflip, tu aurais dû rester avec tes parents, tu sais...
- Ne me parlez pas de mes parents.. Ils sont morts pour moi, bien morts et je compte bien les enterrer.
- Aeternitis, je suis celui qui t'a donné une enveloppe charnelle, celui qui te donne tes pouvoirs et le droit d'exister. Hais tes parents, méprise-les, tue-les ! Si tu respecte la moindre de mes volontés, j'accepterais de revoir ta peine, peut-être...


Mon corps perdait de son énergie en sa présence, il est mon Dieu, il est mon père. Je lui dois tout. Il m'aspire. Je tombais lourdement à genoux, le visage tourné vers le sol.

- Je vous jure fidélité, jusqu'à ce que vous n'ayez plus besoin de moi, quitte à ce que ce soit jusqu'au jour de ma mort.

Il pencha la tête sur le côté, un immense sourire lui mangeait le visage, lui donnant un air plus que ravi.


- Tu es une bonne fille. Loyale, droite et pure. C'est dommage que tu ne sois pas née autrement. Tu aurais pu devenir une entité. Mais mes esclaves ne le deviennent jamais. Continue d'examiner le monde et ses recoins, j'aurais encore besoin de toi un moment. Reste sage.. Ma belle. Souvient toi que personne ne doit jamais connaitre ton nom.

Un autre vent, différent de celui qu'on connait, souffla sur mon visage. La Brise Quadramentale a des effets dévastateurs et parfois salvateurs. Il en contrôlait une partie, il le savait. Quand j'eus retrouvé la force de me redresser, il avait déjà disparu. Il est comme mes sentiments, un jour, il sera clair.
Tournant le dos à l'autel, je ressortais de la Tour, mon air triste au grand jour et marchais à l'aveuglette entre les restes de civilisations qui se dressaient sur les Landes, seuls vestiges d'une gloire passée. Je marchais, au hasard. Jusqu'à l'aube. Jusqu'à l'aéroport.

S'ils savaient.


Dernière édition par Veng' le Mer 13 Oct - 23:45, édité 2 fois
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Veng'
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MessageSujet: Re: Nuit noire   Mer 26 Mai - 1:45

Aurore.

Les rayons du soleil disparaissaient lentement de mon champ de vision, laissant sur mes pupilles une trace blanchâtre qui s'imprima un moment sur ma rétine.
Contemplant ce singulier spectacle, je soupirais.
Il me demande de le rejoindre de plus en plus souvent. Pour des détails plus ou moins évidents. J'ai l'impression qu'il m'appelle juste parce que ça lui fait plaisir. comme si ce monstre pouvait avoir un cœur.
Je me levais lentement, relâchant le sable contenu dans mes mains. L'île de Moon est un endroit magnifique, mais tellement dangereux. La beauté fatale... En vérité, la perfection est si laide.
Pas besoin d'attendre plus, je n'ose imaginer ce qui pourrait m'arriver si je venais à être en retard une fois de plus à notre rendez-vous.
La Brigantine de la nuit dernière m'attendait près de sa machine volante. Elle s'approcha du bord de la plateforme surélevée et me tendit immédiatement l'échelle traditionnelle.
Une fois en haut, elle me salua maladroitement.


- C'est un honneur de vous avoir à nouveau sur mon vaisseau.

Elle avait fini par s'habituer à moi et fini par comprendre que les histoires à mon sujet n'étaient que rumeurs. Les quelques bleus sur son visage le prouvaient. Ce soir, un coquard immonde obstruait la vue de son œil droit. Une fois la machine démarrée et lancée, je me permit de l'approcher.
Soulevant maladroitement la peau boursoufflée, j'examinais sa plaie, elle avait du recevoir un beau coup de poing. Je me demande même s'il n'ont pas utilisé leurs machines sur elle.


- C'est quoi cette fois ?

Elle eut un mouvement de recul.

- Rien..
- Rien ? Tu te fais des coquards toute seule pour faire joli ? Qu'est ce qu'ils t'ont fait ? C'est encore à cause de moi ?
- ...Oui. Ils n'arrêtent pas de vous traiter de monstre ! Mais ils ont tort, je sais que votre cœur est l'un des plus purs de cette terre, ils sont aveugles et croient n'importe quoi !

Je posais une main sur sa joue, l'invitant à se coller à moi. Ce qu'elle fit sans retenue.
Lentement, je passais ma main dans ces cheveux en tentant de lui faire retrouver la raison.


- Tu sais, cette histoire, seuls les brigantins la connaissent, de plus, c'est une légende dont personne ne parle car maudite. J'ai la marque dans mon dos, sur mon front, éternelle. L'histoire raconte-t-elle l'origine des marques ?

Écartant son visage de mon corps, elle leva les yeux sur moi et raconta, comme une enfant récitant sa leçon.


- On dit que vous êtes la fille d'un homme maudit par Rushu pour avoir aidé Bonta lors de la grande guerre. On dit aussi que votre mère fut maudite par Jiva pour avoir aidé Brâkmar lors de cette même guerre. Vos parents devaient être courageux.


Je détournais le regard à cet instant, tentant de réprimer les cris qui me déchiraient la gorge.


- Ils sont des traitres. Ils n'ont pas le droit de vivre. Continues, j'aimerais savoir ce qu'on raconte exactement.

- On dit que la fille est un sang-mêlé et que la marque sur son dos en est la preuve. On dit qu'elle fut arrachée à ses parents le jour de sa naissance par un démon et qu'il insuffla en elle le bruissement de la brise. C'est l'origine de la marque sur votre front.
La marque sur votre dos représente l'ange et le démons recueillant le sang de la souffrance, sang s'écoulant du cœur de l'union. Elle a été tracée par ce même démon au nom inconnu le jour de votre naissance et qu'elle n'apparait que lorsque le sang coule. On dit même qu'elle a faim et qu'elle vous ronge de l'intérieur.


Je tentais de lui sourire.

- Tu as déjà vu une illustration de cette marque ?

Elle secoua la tête. Réagissant au quart de tour, j'empoignais mon Opinel et l'enfonçais profondément dans mon bras, provoquant un saignement plus qu'abondant. J'enlevais ensuite ma cape sans faire attention au traces que je pouvais faire, écartais mes cheveux de mon dos et posais mon poignet sur ma nuque, laissant au sang le loisir de s'écouler sur la peau de mon dos.

- Regardes, le prix du sacrifice.

Alors que le liquide rougeâtre atteignait le bas de mon dos, il perdit de sa substance et s'amoncela à certains endroits, formant au final une sorte de fresque sanglante.
La petite en resta estomaquée. Jugeant que j'avais assez perdu de mon énergie vitale et qu'elle avait eu le temps d'analyser le dessin, je retirais le couteau de ma main et y appliquait un des onguents que m'avait confié mon maître. La plaie se referma presque aussitôt.


- Maintenant, tu sais.

- Je.. Je n'imaginais pas que ca pouvait-être si... C'est horrible.. Mais en même temps, tellement beau.
- Je sais, ma petite. Mais c'est ainsi.

Je rattachais ma cape autour de mon cou et jetais un œil sur l'horizon. La silhouette de la Tour se dessinait déjà à quelques mètres à peine. J'ébouriffais rapidement la tignasse bleutée de la petite et m'avançais sur le pont, prête à sauter au bas de l'embarcation.

- Attendez !

Légèrement surprise de son appel, je me retournais.


- Vous.. Faites attention à vous.
- Compte sur sur moi, petite.

Sans en attendre plus, je sautais alors que la machine était encore à pleine vitesse, atterrissant dans l'un des arbres morts des Landes, m'écorchant un peu plus la peau. J'en ai l'habitude maintenant, des coups.
Sautant une fois de plus, cette fois sur le sol, je m'orientais vers la grande Tour et pressais le pas pour l'atteindre.
Sans prendre garde au Bworks qui tentaient de me barrer la route, je m'engouffrais à l'intérieur et courais jusqu'à l'autel.


- Bonjour, Aeternitis...

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MessageSujet: Re: Nuit noire   Mer 26 Mai - 21:11

Éveil.

Une fois de plus je me retrouvais à bord de cette machine volante.
Une fois de plus je me dirigeais vers cette immense Tour.
On avait frappé la petite conductrice. Une fois de plus.


- Mademoiselle ?


Aucune réponse. Elle n'insista pas et reparti, dépitée, dans sa cabine de pilotage.
J'étais assise sur la proue comme à mon habitude lors de mes jours de peine, à regarder les gens en bas. Aujourd'hui, aucune fée ne fut lancée.
J'étais en pleine réflexion. Une réflexion intense.
Et s'il se jouait de moi ? Après tout, les démons ne sont que des menteurs et des manipulateurs. Il ne peut faire exception à cette règle.
Mais en fait, dès le début il est une exception. Un vrai démon m'aurait tuée. Il a peut-être des intentions différentes de celles de ses congénères. Il se cache peut-être de Djaul et Rushu. J'ai besoin de savoir.
La cadence du vent ralentit pour finalement disparaitre.


- Nous sommes arrivées.


Sans lui jeter un regard, je passais mes jambes pardessus la proue et posais les pieds sur le sol, ignorant les appels de la petite. Je pénétrais dans le bâtiment aussi vite que possible à la recherche de mon maître. Il était au même endroit que d'habitude, les mains sur les hanches, fouettant le vide de sa queue.
Je m'arrêtais juste derrière lui. Sans se retourner il commença :


- C'est bien, tu es obéissante. Raconte-moi ce que tu as vu.
- Rien de nouveau, les monstres ont toujours la même force, les aventuriers sont toujours aussi bêtes. Aucun grand changement dans l'équilibre.
- C'est tout ? Pourtant, je sens un trouble.

Il se tourna enfin et plongea son regard dans le mien.

- Serait-ce moi qui te trouble ? Tu développes des sentiments à mon égard ? Comme c'est touchant.

Il se pencha en arrière, laissant son rire diabolique se propager dans l'édifice entier.


- La seule raison pour laquelle je te garde ici, c'est parce que j'ai besoin de toi. La seule chose qui me fait te garder en vie, c'est la dette de ta mère. Celle qui vendit son enfant pour sauver son mari, tu te souviens ?

C'en était déjà trop. Je le fusillais maintenant du regard, déterminée.

- Ne me parlez plus.. De mes... PARENTS !

Emportée par la rage qu'il était le seul à pouvoir animer en moi, je sortis mes dagues et lui sautais à la gorge. Geste vain, il m'envoya valser contre l'une des statues d'un simple geste. Il ne s'était pas retenu, le choc fut rude. Je sentis la douleur avant de la voir, levant la tête vers les mains de la statue, maintenant tachées d'une légère trace carmin.
Inutile de me relever, il s'approcha de nouveau et releva mon visage de deux de ses doigts. Il me souriait. Encore ce sourire arrogant.


- N'aie pas peur. Je tiens quand même un peu à ma créature. Elle m'est précieuse.


Il fit mine de me caresser les cheveux avant d'avancer son visage face au mien.


- Et je sais que je lui suis tout autant précieux.

Sur ces mots, il posa ses lèvres contre les miennes, m'embrassant comme l'aurait fait n'importe quel démon. A pleine bouche, sans se préoccuper de la personne en face. Il me décrochais la mâchoire mais, en Sacrieuse, incapable de lui résister, je me laissais aller à lui répondre, mes baisers devenant aussi violents que les siens. Je me surpris même à poser une main contre sa nuque et à l'attirer contre moi.
Cet être que je haïssais presque autant que mes géniteurs, voilà que je partageais avec lui une étreinte sauvage.
Jugeant que la parenthèse avait assez duré, il s'écarta soudainement, essuyant d'une main le sang qui coulait à la commissure de ses lèvres.


- Tu es une petit vilaine, dis moi.. Tu aurais du naitre démone, tu aurais fait une bien bonne femme. Me mordre sans retenue. J'aime ça.

La tête à moitié baissée, je le regardais droit dans les yeux, son sourire arrogant maintenant peint sur mes lèvres
.

- Tu devrais pourtant connaitre ta créature. Je ne serais jamais la femme d'un démon. Vous êtes trop infidèles, trop.. Démons pour moi.
- C'est bien dommage... Continues ton travail. Je veux te revoir demain, à la même heure, ici même. Nous aurons des choses plus intéressantes à nous dire.

Sans attendre ma réponse, il disparut de mon champ de vision.
Je pestais :


- Imbécile, comme si je pouvais aimer un démon. Jamais. Pas même un ange ou une divinité. Ces Amaknéens sont bien plus intrigants. Moins sûrs d'eux. Pleins de surprise pour les meilleurs d'entre eux.

Je tentais de me relever, m'appuyant contre la paroi glissante. J'y arrivais, non sans mal, mais j'y arrivais. Rampant à moitié dans les couloirs, j'atteignis enfin la sortie de la Tour après un temps qui me parut une éternité.
La Lune était encore haute dans le Ciel.


- Mademoiselle, laissez-moi vous raccompagner.


Surprise, je me tournais vers la voix.

- Venez.

La petite fille m'avait attendu tout ce temps et m'invitait maintenant à la rejoindre. Elle tendit la main dans ma direction, main que j'attrapais immédiatement. A l'extérieur de cette bâtisse j'étais une toute autre personne, bien plus ouverte à l'assistance. Elle m'aida à me diriger vers son embarcation qu'elle avait volontairement laissé toucher le sol et me fit monter à l'intérieur grâce à un étrange mécanisme.

- C'est pour les Dragodindes habituellement, mais là, on peut faire une exception.

M'expliqua-t-elle.
Je me gardais de lui répondre et, une fois à bord, me roulais en boule dans un coin, me coupant de toute communication. Elle démarra son transporteur et nous partîmes en direction de son village.

Je ne sais à quel moment, mais je finis par m'endormir.


----

Taverne du Chabrûlé, Brâkmar.
Assit à l'une des dernières tables encore debout, un démon portait régulièrement une chope à sa bouche entre deux rires.


- Quelle idiote. Hahahaha ! Tavernier ! Une autre !

Un gros bonhomme tremblotant lui apporta immédiatement deux chopes pleines d'un liquide rougeâtre qu'il but à grandes rasades.


- Haaaaa, excellent. Les Brâkmariens sont vraiment délicieux. Mouahahaha !


Morts nombreuses et douloureuses en cette nuit.
On eu besoin de la garnisons entière pour dégager les cadavres et nettoyer les murs.
C'est pour cela qu'on se garde de rendre les démons heureux.
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MessageSujet: Re: Nuit noire   Ven 28 Mai - 0:22

Cauchemar.

Je hais le sommeil, je le fuis comme la peste.
Il est un enfer.. Lui est ses rêves, ses cauchemars.
Lorsque je dors, je ne peux contrôler la moi qui rit auprès de ses parents. Je ne peux contrôler la moi qui aime un démon. Je perds tout contrôle.
Mes rêves, bons ou mauvais me terrorisent. Et je ne pourrais exprimer l'horreur de mes cauchemars.
Cette nuit, je fis un vieux cauchemar. Un très vieux cauchemar...

Un immense champ de bataille.
Là, sous mes yeux se dressent des millions d'hommes, combattant pour leur vie et leur patrie. Les gestes se perdent dans la cacophonie ambiante, véritable symphonie meurtrière. Pour un coup d'épée, un coup de hache, puis un coup de dague et une coup de bouclier. On frappe à droite, à gauche, en haut, en bas, devant, derrière. Des têtes tombent, des corps les suivent. Le sang tache l'herbe des Plaines qui fini par en prendre la couleur. Dressé au milieu des rangées Brâkmariennes, l'homme que je connais comme mon maître dirige une troupe. Le doigt tendu vers les ennemis, il hurle un ordre que tous exécutent.
Un autre choc dans les armées, dans les âmes, tout comme dans les vies.
Resté à l'écart, un homme s'approche de lui et lui chuchote quelques mots à l'oreille. Impossible d'entendre ce qu'ils se disent à travers le bruit de la bataille. Une fois renseigné, l'homme lui adresse un mouvement de tête et repart en courant.
Il court à travers la forêt, une vraie Dragodinde en dépit de sa taille, les arbres ne deviennent plus que des images subliminales. Il court vers Bonta, esquivant la guerre directe.
Au vu de sa vélocité, il atteint vite la murailles mais, au lieu de passer par la porte d'entrée, trop bien gardée, s'infiltre dans les égouts et part en direction de la milice.
Il esquiva facilement les Rats et Chamans qui peuplent ces tuyaux mais ne pu apercevoir l'Arkane majeure qui lui glissa entre les jambes. Déséquilibré, il finit sa course.. Dans une jeune Bontaise au teint de pêche.
Surprit, il sauta rapidement sur ses deux pieds.
La demoiselle ne fit pas un seul mouvement, cela l'intrigua.
Il se retourna et fit l'erreur de regarder ses yeux d'émeraude.
Le charme opéra. Un baiser volé au cœur de la nuit.
Quelques minutes à peine plus tard, ils couraient tous deux dans les bois de Litneg en direction d'Astrub, dernière terre d'asile. On ne remarqua leur trahison que le lendemain, alors qu'ils se trouvaient déjà aux alentours de la foire du Trool. Véloces, je vous disais.
Ils gagnèrent Astrub bien avant les troupes de Bonta et de Brâkmar, protégés par les maigres rempart de la cité neutre.
Là, ils se trouvèrent une maison et commencèrent leur histoire. Une étreinte amoureuse volée au malheur.
Habituellement, je me réveille à cet instant, en sueur, furieuse d'avoir vu ces personnes heureuses. Mais pas ce soir. Je n'ai que des bribes du passé. Mon cauchemar reprend sa trame neuf mois plus tard.


Au milieu du temple Sacrieur retenti un cri. Le premier cri.
Au milieu des cris, du sang et des pleurs.
Le démon est là, au dessus de moi, riant aux éclats en voyant la frayeur dans les yeux de mon père.


- Laisses-nous tranquilles [...] !
- Te laisser tranquille ? Allons donc, Edi[...], ne me prends pas pour un idiot, toi et ta femme avez enfreint les règles, vous devez payer pour ça.

- Pas elle, ne la touches pas ! Prends ma vie si tu veux, mais pas la sienne !
- Non !

L'homme se dressait devant mon maître, bras écartés. Le démon n'en avait que faire, il le fit voler à travers la pièce et s'approcha du centre de la pièce.


- J'aime les massacres. Tu aimes les massacres, Bontaise ?


La femme qui me tenait dans les bras ne dit pas un mot, me protégeant comme elle pouvait dans un réflexe maternel. Pour sauver nos vies.


- Ho, je sais ! Encore mieux qu'un massacre.. Un jeu bien plus divertissant.. Femme, donnes moi l'enfant.

- Jamais !

Le démon retint un cri de rage et se jeta sur l'homme étendu sur le sol.

- C'est sa vie ou celle de l'enfant, choisis.


Dit-il, une de ses griffes aiguisées sur la gorge du malheureux.
Les talents de Sacrieur de ma mère ne lui étaient d'aucune utilité et mon père était dans l'incapacité de nous protéger. Elle aimait son enfant nouveau-né, mais plus que tout, elle aimait son mari.
Elle abandonna le nourrisson sur la table encore maculée de liquide amniotique et de sang, se précipitant de ses dernières forces sur le Xélor agonisant.


- Edil[...], je suis désolée.. Pardon, pardon.. Je t'aime trop et je suis trop faible.. Pardon...

Mon maître qui n'avait pas perdu de temps pour s'emparer de son gage se tourna une dernière fois vers mes parents et leur accorda une faveur.


- Femme, donnes un nom à ton enfant.


La femme leva les yeux en sa direction, un court instant, puis les reposa sur son mari.


- Aeternitis. Aussi éternelle que le temps.

- Qu'il en soit ainsi. Viens, on rentre à la maison.. Aeternitis.

Son rire retentit une fois de plus entre les murs, résonnant dans les tympans comme dans les âmes. Puis il disparu avec l'enfant.
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MessageSujet: Re: Nuit noire   Dim 30 Mai - 23:38

Réflexion.

"Douce brise maritime souffle sur le temps. Souffle sur mes soucis, histoires d'un instant.
Douce brise maritime souffle sur mes vêtements. Souffle sur ma vie, sur mes sentiments.
Roulement des vagues balaye le sang. Balaye la souffrance, souffrance d'une enfant.
Chant de la mer s'étend sur les terres. S'étend sur mon cœur, sur mon malheur éphémère."

Assise sur les Quais de Sufokia, loin de toute vie, dans mon endroit favori, les vers me viennent en pagaille sans réel sens.
Pourtant il m'apaisent sans que je sache pourquoi. J'aurais aimé les chanter mais la peur d'être entendue m'en empêche, c'est peut-être dommage. Pour eux ou pour moi.
Toujours est-il que le plaisir de revenir ici me comble de joie et me fait oublier une part de ma vie. Il est mon lieu de réflexion, mon lieu de rébellion. Et je parle au vent, tout comme je parle aux enfants.
J'ai parfois l'impression que Sacrieur se pose près de moi et écoute chacun de mes mots avec attention, mes souffle les siens au creux de l'oreille et me conseille.
N'as-tu jamais compris, toi ?

Je suis esclave d'un démon, prisonnière d'une affaire qui me dépasse et mon cœur ne m'aide pas dans tout cela.
Je ne sais que comprendre, qu'entreprendre.
L'évidence est que ce démon s'est entiché de moi alors que moi, je ne peux le supporter. Je me demande ce qu'il va m'arriver.
Depuis hier soir je goute à nouveau les joies du célibat. Enfin, les joies, si on veut. S'il vient à l'apprendre, j'ai peur de ce qu'il pourrait faire.
C'est pourquoi personne ne le sait. Enfin, presque personne. Trois amis, tout au plus. J'aurais peut-être du le dire à d'autres.. Mais il entend tout, je dois garder le secret et eux aussi.
Maintenant que je suis seule, j'ai perdu ce sentiment de culpabilité quand il m'embrasse, mais j'ai peur. Peur.
Peur de tout comme de rien, peur de lui surtout, peur de ce qu'il pourrait faire.
Ce soir encore il veut me voir, Sacrieur seule sait ce qu'il me veut vraiment. J'ai peur qu'un jour il ne me demande plus. S'il venait à l'apprendre.
Je n'avais jamais eu aussi peur.. J'ai envie de courir dans les bras de quelqu'un pour me sentir en sécurité, de pleurer un peu, d'être aimée.. Pour de vrai.
Je n'ai que ce monstre pour toute famille, fils du mensonge et du mépris, me voila sa fille, âme seule et endolorie.
Le temps sait ce qu'il adviendra de moi. Il est des choses à savoir et d'autre qu'on préfère ignorer. Mon destin restera une surprise.

Mort de la lumière sur la pierre centenaire. Il est temps de le retrouver. Temps de crever.
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MessageSujet: Re: Nuit noire   Mer 9 Juin - 18:56

Ténèbres.

Le Noir.
Encore.
L'interrogation.
Le doute.
Un sentiment oublié.
La tristesse.
Une fin.
Le désespoir.

Autrefois lumière, voilà l'ombre.
Fleur fanée dont les pétales sont tombées.
Il la possède.
Elle git au plus profond de cette Tour, dans le silence.
Pas un silence de mort, non. Le silence en elle.

On ne chasse pas un démon aussi facilement. On ne le chasse pas seul. Aussi fort soit-on.
Mais elle l'a toujours dit : elle est têtue et idiote.

Une larme éphémère.
Inutile de décrire le puits en elle.
Tout est ombre et ténèbres, tout est horreur et désespoir.
Un immense trou noir.

Elle est ombre, terne.
Elle attend.
Seule.

Cette main tendue.
Ou la fin.
Veng'
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MessageSujet: Re: Nuit noire   Sam 12 Juin - 23:49

- Aeternitis. Ton choix est-il fait ?

- Oui, maitre.. Allez-y.


- Tu es une bonne fille. Vide ton esprit, ce ne sera pas douloureux.


J'écartais les bras, fermais les yeux et attendit.
Cela ne dura qu'un instant.
Mon esprit fut rapidement chassé de mon corps, remplacé par le sien.
Je subissais ce qu'on appelle fréquemment une "possession", son âme qui prend place dans mon corps alors que la mienne reste auprès de celui-ci.
J'espérais juste que mes amis n'auraient pas à en pâtir, mais il est certains qu'ils remarqueraient des changement dans mon comportement.
Je n'avais pas vraiment d'autre choix.


Alea iacta est.
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MessageSujet: Re: Nuit noire   Mar 13 Juil - 5:35

"Étrangement... C'est quand elle est loin que je pense à elle.
Quand la distance reprend le dessus sur les désirs.
Qu'elle disparaisse à mes yeux et ses lèvres deviennent le centre du monde.
Et ce n'est pas même ce démon qui m'empêcherait de les retrouver.

Étrangement.. Je rêve d'amour.
De baisers passionnés sous un soleil couchant, de corps enlacés.
D'un rythme effréné, de deux amants.
Je rêve toujours, elle me manque tant.

Étrangement.. Il ne se montre plus.
Est-ce un caprice du temps s'il s'est tût ?
Aurais-je eu la force de le contenir ?
J'espère juste qu'il ne détruira pas ce que j'appellerais, mon avenir.

Étrangement.. Je ne pense plus.
J'ai encore ce vent dans mes cheveux mais plus cette flamme au fond des yeux.
Flamme haineuse, flamme hargneuse. J'ignore encore. Puis j'ignore toujours.
Puis je me dis qu'au fond, je finirais bien par savoir. Un jour.

Je rêve d'amour. D'Amour.
Je deviens cliché et pourtant j'en ris.
Aime-moi ! Aime-moi et qu'on reste ainsi !
Main dans la main, lèvres à lèvres. Toujours.
Inonde-moi du tiens, je t'inonderais du miens.
Et nous mourrons noyés dans nos sentiments,
Toi mon Ève, moi ton Adam.
Et qu'est-ce qu'on s'en fout que rien n'aille,
Aimons-nous comme des folles, ignorons ces gens qui braillent !

Je rêve de toi, je rêve d'amour.
Mais étrangement, j'ai le cœur lourd.

Et je me trouve stupide, à écrire ces choses alors que le monde ne se résume pas qu'à nous.
Mais j'ai envie que toi et moi soit nous et que nous soit tout !
J'en perd ma logique et mes habitudes, j'en découvre des choses que j'ignorais !
Je me surprend à imaginer tes lèvres au passé au futur et au présent !
A imaginer les miennes les compressant et soudainement venir te les mordiller.
J'ai envie de t'enlacer, de te posséder, de t'aimer.

Et là.. J'ai l'impression.. D'être seule. Trop loin, trop impossible.
Est-ce que tu penses à moi ?"

Le papier s'envole.
Aucune chance de le rattraper il est déjà trop loin.
Elle se demande bien qui tombera dessus.
Celle qu'elle aime ? On alors quelqu'un qu'elle pourrait aimer !
Un simple inconnu.. Un grand aventurier ?
Ou peut-être une personne qu'elle ne peut pas supporter, ça existe aussi !
A moins que la feuille ne se perde et que personne ne la lise jamais.

Au final, ça reste quand même bien drôle d'imaginer ce qui peut arriver à une lettre.
Tout comme ces gens qui lancent des ballons à la foire et qui y glissent leur adresse pour recevoir une réponse.
Elle essaiera un jour.
Mais bon, ça la dérange quand même un peu d'avoir perdu ce qu'elle voulait dire.
Tant pis, elle aura d'autres occasions.

Elle commence à s'épuiser cette petite, on ne la laisse pas vraiment se reposer.
Régler des conflits, discuter du futur, de vie, de mort, récupérer ce qu'il lui faut, s'entrainer, Sourire, cacher ses quelques secret, paraitre idiote, aimer, penser.
Et si c'était tout.. Repose-toi donc, blondinette, demain sera comme hier et aussi fatiguant qu'aujourd'hui. Mais tu survivras.
Tu n'auras qu'à pousser la chansonnette, puis.. Tu sais quoi faire.

Good night, melody rose ~
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MessageSujet: Re: Nuit noire   Mar 31 Aoû - 22:16

[Écrit d'un point de vue omniscient externe, raconter ce passage du point de vue de Veng' aurait été trop.. Trop.. Facile à comprendre.]

Le soleil était encore haut dans le ciel d'Amakna.
A quelques mètres du sol, un groupe de Kwak passa justement devant son image. Une brise légère portait leurs ailes vers une destination inconnue.
Un peu plus haut, une machine brigandine fendait les nuages à une vitesse folle.


- Haaaaaaaaaaaaaa ! Vas moins vite ! T'es folle !

Une petite demoiselle aux cheveux bleus se tenait de toutes ses forces au bastingage, criant à en perdre haleine après la personne qui dirigeait l'embarcation qui, elle, éclatait d'un rire sans fin.

- Ralentiiiiiiis ! J'ai mal au cœur !

Rien à faire, La blondinette aux commandes poussait l'engin à son maximum, plongeant parfois vers le sol et atteignant des pics de vitesse effarants. L'adrénaline alimentait son rire, tout en alimentant les peurs de la petite.
Et apparemment, elle avait raison d'avoir peur.
Alors que la Sacrieuse venait d'exécuter une demi-rotation au sommet d'un nuage, elle s'effondra contre le tableau de bord, les mains plaquées sur ses tempes. Presque immédiatement, l'appareil réagit, se cabrant en envoyant valser ses occupantes dans tous les sens.
Blue était une brigandine préférant la réflexion à l'action, c'est pourquoi la fougue de son amie lui paraissait incompréhensible. Malgré tout, elle avait trouvé auprès d'Aeternitis une amitié qu'elle n'avait jamais eue dans son village.
Elle savait ce qui arrivait et s'empressa de remonter jusqu'à la cabine de pilotage, s'accrochant aux cordages ainsi qu'à tout qui lui permettait d'avancer, même d'un simple centimètre.
Alors qu'elle était arrivée devant la porte, la machine fit une embardée, repoussant son petit corps contre la vitre. Elle fut sonnée un instant.
Secouant la tête pour se reprendre, elle attrapa la poignée et s'engouffra dans la cabine.


Aeternitis gisait au sol, inconsciente. Un autre mouvement imprévu de la machine fit trébucher Blue sur son corps. Se relevant comme elle le pu, elle attrapa les commandes et rétablit l'équilibre de l'engin en actionnant des leviers de poids éparpillés sur toute la surface de son véhicule de fonction.
Sans un bruit, elle le dirigea vers la Tour.

La Sacrieuse reprit consciente en route. Elle avait finit par s'habituer à ces appels singuliers, du moins psychologiquement. Son corps, lui, avait toujours du mal. Elle se cacha dans un coin, entre deux planches, et attendit qu'on lui dise de descendre.
Une dizaine de minutes plus tard, le traceur brigandin s'arrêta devant la porte des enfers.


- Fais attention à toi..


- Je n'te promet rien.

Aeternitis s'engouffra dans le bâtiments, contourna la statue et avança jusqu'à la table sacrificielle où elle s'assit.

Peu de temps après, une fumée rougeâtre s'éleva du sol en de longues fumeroles, parfois frôlant ses jambes ou caressant sa joue. Puis elles se regroupèrent et Il apparut. Il se racla la gorge.

- Tu sais quel jour on est ?


La blonde leva les yeux et répondit pensivement :


- Le 31 ?

[...] se pencha sur elle.

- Un peu plus de conviction, jeune fille, si tu ne veux pas que je m'énerve ! Je comprends que la séparation de ton esprit t'ai affaiblie mais cela fait tout de même un mois. Et Limira se porte très bien. A toi de faire de même.

Aeternitis poussa un soupir puis corrigea sa posture. Elle s'efforça de prendre un ton neutre, autant vocalement que physiquement.

- Nous sommes le 31 ?


- Le 31 Fraouctor, exact ! Et bientôt nous serons le... ?


- ... Le premier Septange ?


- Mais ensuite ?


Aeternitis fronca les sourcils.


- Le second... Mon anniversaire.

La réponse fit sourire le démon.

- Bravo ! Tu connais bien tes dates ! Dans peu de temps donc, nous serons le second Septange. Date qui est aussi.. Celle de ton anniversaire. Comme c'est étrange !

La Sacrieuse eut un rictus.

- Ho, tu pressens ce que je te réserve ? Ton bon vieux maître a tout de même le droit de t'offrir un cadeau. Et accroche-toi bien à cette table, tu vas adorer !

Aeternitis s'exécuta, comme si tout ce que son maître disait pouvait réellement arriver. Il en profita pour s'approcher d'elle, posant ses mains de chaque côté de ses hanches.
Il riait. Fier de sa méchanceté il riait. Rire noir, rire sombre. Il posa ses lèvres contre l'oreille de son élève et murmura quelque chose.
Presque immédiatement, un frisson parcourut la demoiselle. Elle aurait aimé crier mais sa dignité l'empêcha de montrer une once d'humanité.
[...] reprit :


- Pour cela, tu sais ce que tu dois faire. Si tu veux qu'ils... Tu sais. Ma belle Aeternitis. Mon cadeau t'ira parfaitement.


Son rire fit trembler les murs de la salle une fois de plus.
Puis plus rien. Il était parti.
La Sacrieuse se laissa tomber lourdement sur ses jambes. Elle refit inconsciemment le chemin inverse, par pur automatisme. Tant qu'elle serait dans la Tour il saurait. Ne rien montrer. Elle resta droite lorsqu'elle passa derrière la statue.
Elle resta droite quand elle contourna les cadavres des sacrifiés.
Elle resta droite en passant la porte.
Quand elle monta sur le traceur, elle resta droite.

Mais quand elles décolèrent, elle se roula en boule entre les sacs. Et là, pour la première fois depuis longtemps, elle pleura. Elle pleura pendant des heures, silencieusement.
Elle se mordait les lèvres mais les soubresauts qui la secouaient n'auraient laissé personne dupe.

Blue la prit dans ses bras et elles passèrent le reste de la journée entre deux courants ascendants. La petite brigandine ne comprenait pas, alors elle restait là, près de son amie.
Quand le soleil disparut derrière les montagnes, les larmes qui semblaient infinies finirent par se tarir. Personne ne saurait jamais rien.
Ou du moins pas maintenant.
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MessageSujet: Re: Nuit noire   Lun 20 Sep - 2:05

Les gens disent que mon sourire est faux. Mais le leur est-il vrai ?

Feuille retrouvée près d'un étang.
Citation :

Après l'ombre vient la lumière disait une certaine personne dont j'ai oublié le nom. Je dois dire que j'ignore ce qu'est l'ombre et que j'ignore encore plus ce qu'est la lumière.
On dit aussi que d'un autre côté est une autre histoire, mais quel est le sens de cette phrase ?

Dernièrement, j'ai l'impression d'être plongée dans les ténèbres de l'ignorance. Pourtant, on m'avait bien dit que si mon cœur restait vaillant je ne coutoierai jamais leur froideur.
Il y a peu, j'ai rencontré un équipage très intéressant qui se fait appeler "Les Passagers du Bouing 312", certains sont très sympathiques et d'autres plus.. Solennels. Le problème.. Enfin, non, ce n'est pas un problème. La chose qui me dérange, c'est qu'ils ont tous l'air de me connaitre.
Et moi je ne connais personne.
J'ai donc décidé de m'approcher d'eux malgré le fait que Peadar s'y opposait farouchement. Je n'en suis pas vraiment déçue, bien qu'il semblent apprécier le silence.
Quand je suis avec eux, je me sens bien. Je ne sais pas pourquoi mais je me sens bien. Une de mes vieilles connaissance appelait ça "Le goût de la Vie", il chantait d'ailleurs souvent une étrange ballade qu'il avait entendue durant l'un de ses voyages.
"On découvre le goût de la vie quand on a trouvé sa famille. Et tu ne peux pas imaginer la peine qu'on éprouve quand on le perd. N'importe qui pleurerait pour ça. C'est pire qu'une promesse de mort."
Je crois qu'en fait, le vrai danger, c'est de le découvrir.

Mais je m'égare encore.
Disons que dernièrement j'ai un constant sentiment d'amour qui m'envahit. J'aurais presque envie d'avoir un enfant, c'est fou ! Heureusement que mon goût prononcé pour la gent féminine m'en empêche.
J'ai de plus en plus envie de montrer mon amour à mon entourage, de les câliner, de les embrasser. Si je le pouvais je passerais mes journées dans les bras de ma chérie.

Et tout ça n'est causé que par un petit nombre d'individus dont je ne connais rien.
Je ne comprends pas.

Et quand j'essaie de comprendre, un terrible mal de tête m'en dissuade.
L'autre jour, quand il m'ont donné mon badge, j'ai rencontré leur cheftaine, Isaya m'ont-ils dit. J'ai eu l'impression d'avoir oublié quelque chose de très important la concernant, quelque chose dont je devrais absolument me rappeler.
Et pourtant, rien n'est venu. rien à part l'horrible migraine qui m'empêcha de dormir cette nuit-ci. Je me suis permit de relire maintes fois ma candidature, même après mon acceptation. Je ne comprends rien.

"Tu seras toujours la bienvenue chez moi"

Qu'ai-je été pour eux ? Pourquoi ce goût de la vie me vient-il maintenant ?
Il m'apparait évident que j'ai oublié quelque chose. Mais quoi ?


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