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 Sieste, démon et plume de Corbac.

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Luthien Tinuviel
Tofu
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Habitat : Allongée sous un arbre d'Amakna
Classe : Sramette
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MessageSujet: Sieste, démon et plume de Corbac.   Ven 25 Juin - 11:13

Une Sramette blonde pénétra dans la bibliothèque silencieuse. Elle monta à l’étage où se trouvait les tables d’écriture. Soucieuse de respecter le silence des lieux, bien que les bibliothèques restent souvent désertes de nos jours, elle marchait à pas feutrés sur le plancher d’ébène. Elle prit place à une table, retirant sa cape pour la mettre sous ses fesses et s’installa confortablement.

Luthien sorti un parchemin vierge de sa sacoche et prit une plume de corbac en la trempant dans l’encrier prévu à cet effet. Elle leva sa plume pleine d’encre et la posa sur le papier. Puis ce fut le silence. La Sramette laissa sa plume suspendu sur le papier, les gouttes d’encre s’accumulaient laissant une grosse tâche noire. Elle regarda le parchemin, leva les yeux, fronça les sourcils, s’apprêta à écrire puis se ravisa. Comme d’habitude l’inspiration lui manquait. Luthien posa son coude sur la table pour appuyer sa tête et se chatouilla pensivement les lèvres avec sa plume. Par quel bout commencer son histoire ? Elle n’était pas vraiment douée pour écrire et pourtant il lui fallait un récit complet. Elle réfléchit longtemps mais rien ne lui vint à l’idée. Au bout de deux heures le parchemin n’était plus tout à fait vide : dessus était posée le visage d’une Sramette blonde qui dormait paisiblement, son bras pendouillant mollement, une plume de corbac dans sa main.

Luthien dormait paisiblement et ne vit pas le petit être qui se matérialisa sur le dossier de sa chaise. Ce petit être c’est moi, celui qui a écrit cette histoire. Je suis le démon des mauvaises histoires, celui qui terrifie les enfants avant qu’ils s’endorment, celui qui racontent des histoires pleines de monstres. Je suis l’un des innombrables démons qui vous pourrissent la vie, tellement insignifiants que tout le monde nous oublie. Mais cette fois, j’ai décidé de raconter l’histoire de cette charmante Sramette. N’est-elle pas charmante comme cela, endormie sur son parchemin, son souffle soulevant ses mèches blondes au rythme de sa respiration ? Je caressais machinalement son dos nu, sa peau était douce et elle sentait bon l’orchidée. Qui pourrait croire qu’une histoire désastreuse se cachait sous cette belle enfant ? Je sautais d’un bond sur la table, récupérait la plume dans sa main, glissant le parchemin et m’assit en tailleur pour écrire. Je ne pus m’empêcher de la regarder, caressant doucement sa joue fraiche et regardant le plus loin que je pouvais dans son décolleté. Je suis un démon après tout. Elle remua dans son sommeil en sentant le contact de ma peau écailleuse et j’enlevais mon doigt de peur de la réveiller. J’avais du travail, une mauvaise histoire à raconter et ce n’était pas une Sramette qui allait me perturber, moi un démon. Je jetais quand même un dernier coup d’œil : qu’elle était belle ainsi endormie. Je me ravisais et me appliquait la plume sur le parchemin. Je fermais les yeux un bref instant pour visualiser la vie de Luthien et en extraire toute la cruauté possible. Ce ne fut pas bien difficile et je commençais déjà à écrire.


« Cela commença par des pleurs. Loin dans les prairies d’Astrub, des pleurs résonnèrent dans la maison de la grand-mère. Cette dernière n’avait pas de nom, elle était grand-mère et l’avait toujours été. Elle vivait recluse loin dans la praire, dans une maison isolée du reste du monde.

Ce soir-là donc, un orage violent avait éclaté et la chaleur du sol produisait des vapeurs tel un épais brouillard. Des pleurs retentirent sur le pas de la porte et Grand-mère se leva, curieuse d’apprendre de quoi il s’agissait. Elle ouvrit la porte et découvrit, enveloppée dans des draps de soie, une enfant en pleurs, trempée par la pluie diluvienne. Elle la prit délicatement dans ses bras et la berça doucement en l’emmenant à l’intérieur. Le regard tendre de Grand-mère croisa les grands yeux verts de l’enfant tissant un lien entre elles à jamais.

Les jours, puis semaines et mois, qui suivirent l’arrivée de l’enfant, la grand-mère s’évertua à s’en occuper du mieux qu’elle pouvait, la considérant comme sa propre fille. Elle lui donna le nom de Luthien, un nom ancien d’une langue oubliée que seul Grand-mère se rappelait encore. La petite fille grandit à l’abri dans les prairies d’Astrub, ses grands yeux verts étaient toujours curieux de tout et sa Grand-mère lui enseignait tout ce qu’elle savait. Luthien grandit rapidement et se fortifia bien qu’elle faisait preuve d’une maladresse presque maladive.

A l’âge de neuf ans, elle était déjà une belle petite fille et essayait toujours d’explorer toujours plus loin les alentours de la maison de Grand-mère. Ses mèches blondes dépassant de sous son chapeau de paille, son nez parcouru de légère taches de rousseurs ainsi que sur le creux de ses seins, elle parcourait les prairies, s’aventurant non loin d’Astrub.

Un an plus tard, à force de nombreuses explorations, elle découvrit le village d’Amakna et ses temples. Sa Grand-mère la laissait aller afin qu’elle découvre le monde par elle-même et ne reste pas recluse chez elle. Ses pas conduisirent Luthien au temple Sram où l’on enseignait aux jeunes disciples l’agilité et la force de mouvement. La jeune fille y vit là le moyen de combattre sa maladresse et dès lors, elle fréquenta assidument l’école Sram. Sa grand-mère constata bien sûr le changement de sa fille adoptive, mais ne souffla mot et la laissa faire librement. Pourtant, après des semaines d’exercices, Luthien n’arrivait à rien de concluant et terminait à peine les exercices obligatoires. Elle ne dut sa réussite qu’à un seul exercice où il fallut distinguer puis éliminer les doubles du maitre. Lors de cet entrainement, alors qu’elle semblait échouer une fois de plus et que ses camarades ricanaient, les yeux verts de Luthien devinrent noirs et d’un mouvement étonnamment vif, elle décapita les trois doubles.

Le maitre ne fit aucun commentaire bien que l’évènement l’intrigua et Luthien put terminer sa formation de Sram. Cette dernière s’aperçut évidemment de son état second mais sans y comprendre grand-chose bien qu’au fond d’elle, cela lui fit peur. Elle ne dit rien à sa grand-mère et se contenta de continuer ses exercices Sram réguliers.

Pendant les années qui suivirent, Luthien grandit, elle ressemblait de plus en plus à une femme bien qu’elle conservait quelques tâches de rousseur et surtout ses grand yeux verts. A l’âge de quatorze ans, elle n’avait presque plus rien d’une petite fille : ses reins s’étaient creusés et sa poitrine s’était alourdi, devenant progressivement une belle Sramette. Elle coupait toujours ses cheveux courts et conservait encore des tâches de rousseurs sur le nez et les épaules. Mais c’est aussi cette année là qu’un évènement supplémentaire vint noircir sa vie. Sa grand-mère, alors qu’elle cueillait quelques menthes, fut agressée par trois bandits manchots, en maraude depuis quelques temps. Luthien qui était à proximité, aperçut la scène de loin et sa colère monta en elle. Pour la seconde fois, ces yeux devinrent noirs et elle s’avança aussi silencieusement qu’un chat vers les bandits. Le premier des bandits eut une étrange sensation : il sentit un courant d’air dans le coup, puis sa vision descendit et son regard tomba nez-à-nez avec ses pieds. Dans son dernier instant de lucidité, il comprit qu’il avait été décapité sans un bruit. Le second bandit avait à peine réalisé ce qui était arrivé à son collègue, qu’il entendit un brusque craquement avant de s’écrouler, les cervicales brisés par une brusque torsion. Le troisième quant à lui, voyant ses amis tués par un ennemi qu’ils n’avaient même aperçus, prit ses jambes à son cou. Sa fuite ne dura pas longtemps : un sifflement et il s’effondra, une dague planté dans le dos, coupant net la moelle épinière.

Grand-mère retrouva Luthien à genoux au milieu de la scène, essoufflée et complètement décontenancée. Elle la prit tendrement dans ses bras et la ramena à la maison sans faire de commentaires. Les grands yeux verts de la Sramette étaient emplis de larmes et elle tremblait de tout son corps.

L’année suivante, le destin s’acharna encore plus sur Luthien. Un matin, elle découvrit sa grand-mère assise sur une chaise au milieu du salon, le sourire aux lèvres : elle ne respirait plus. La Sramette pleura longtemps, son chagrin semblait interminable. Puis elle se décida et incinéra le corps de sa grand-mère comme celle-ci le lui avait demandé. Alors que les flammes s’élevaient, ce fut trop pour Luthien : elle rassembla ses affaires pour ne jamais revenir.

Jusqu’à ses seize ans, Luthien vécut une vie d’errance, vivant dans les bois sans s’approcher des citées. Poussée par la fin, elle finit par revenir à Astrub et fit une rencontre à laquelle elle ne s’attendait pas. Elle rencontra un Ecaflip noir non loin d’une taverne, il était de ces dragueurs invétérés qui passaient leur temps à courir les conquêtes. Il lui promit son amour et la Sramette ne résista que peu et finit par tomber amoureuse. Ils vécurent un bonheur certain pendant quelques mois, et elle fut si attachante qu’il avait bien du mal à s’en détacher. Pourtant, l’Ecaflip reprit ses instincts et laissa Luthien au profit d’une autre, l’abandonnant en proie aux doutes et aux remords. Une fois de plus, elle se demanda pourquoi. Pourquoi il semblait qu’elle devait vivre seule, pourquoi les gens semblaient condamner à s’éloigner d’elle. Le souvenir de son ancien amour fut comme un poison et elle s’enfuit une nouvelle fois dans les bois pour oublier son souvenir.

A l’âge de dix-huit ans, après deux ans d’errances pour oublier son amour perdu, Luthien semblait peu à peu renaitre à la vie. Alors qu’elle se lavait avec son savon d’orchidée, héritage de sa grand-mère, elle sortit de l’eau, ignorant les yeux qui l’épiaient. Elle regarda son reflet dans l’eau et eut du mal à se reconnaitre. Dans l’eau elle regardait une Sramette aux cheveux blonds et courts, des tâches de rousseur sur le nez et les épaules, une poitrine aux seins rebondis, des reins creusés et des hanches élargis. Elle regarda avec curiosité son corps qui avait bien changé et arborait maintenant des formes élégantes. Elle s’allongea dans l’herbe pour se sécher au soleil, regardant au passage ses jambes qui étaient devenus fines. Elle s’habille de ses habits de Sram qu’elle portait désormais souvent, et se regarda une dernière fois : enfin elle pouvait se regarder en face.

Luthien s’endormit alors sous un arbre, ce fut ce jour-là, qu’un parchemin alla se coller sur son visage… Mais ceci est une autre histoire. »


Je regardais avec satisfaction le parchemin désormais rempli de mon histoire triste à mourir. Je posais la plume à côté et jetais un coup d’œil à la Sramette toujours endormi. Je ne pus résister et déposait un baiser sur son front, sentant au passage son parfum délicat. Elle gémit et je préférais m’éclipser. Luthien se réveilla complètement et battit des paupières. Voyant son parchemin remplit, elle ouvrit de grands yeux étonnés et haussa les épaules : « Finalement j’ai bien écris, ce n’était pas un rêve.» Elle se leva, reprit sa cape et sortit, son parchemin sous le bras, satisfaite d’avoir enfin terminé. Dehors le soleil brillait et un vent doux s’était levé. Luthien leva la tête vers le soleil et ferma les yeux pour sentir la chaleur sur sa peau. Voilà bien des années qu’elle n’avait plus subi cette état second qui lui voilait les yeux de noir et lui faisait si peur. Ses mèches blondes battus par le vent, elle rouvrit ses yeux émeraudes, regarda au loin le ciel d’azur et sourit.
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